Les Cadavres + PKRK + Diego Pallavas @ Nancy, L’Autre Canal
Publié le 15 mai 2009 par
Vince
Ca y est, le printemps est bien installé. J’arrive à l’Autre Canal à 21h, il fait jour, il fait beau même. Ils sont tous là : le punk, le skin et le saint esprit du rock’n’roll. La soirée s’annonce joyeuse. Les crêtes, les vraies, semblent être de retour en force.
Entrée dans l’Autre Canal, superbe équipement nancéien dédié aux musiques actuelles, deux salles, une grande et une petite, deux bars, un espace internet/presse, de la place pour des stands de merch, et même ce soir la possibilité d’entrer dans les lieux sans billet, juste histoire de boire un coup, puisque le contrôle a lieu à l’orée de la grande salle, pas avant. Même au niveau architectural, intérieur comme extérieur, l’Autre Canal est une réussite. Maintenant, il faudrait juste une programmation à la hauteur parce franchement, c’est pas encore ça.
Sauf ce soir puisque que la très active asso Kanal Hysterik a convié les vieilles gloires du punk français à venir hurler dans le micro. Et moi, j’ai pas fait dix mètres que j’en croise une de vieille gloire, de celles qui étaient de tous le plans alternatifs/punks du début des 90’s… Souvenirs souvenirs…
Avec ce bon vieil Anarchibald, je sens qu’il est l’heure des décibels et nous voilà donc dans la salle, environ 1 000 places, qui ce soir sera remplie à disons 50 %. Joli score.
Les trois brigands de Diego Pallavas entrent en scène. Et là, c’est clair, niveau sono, on n’est pas au Soap Box ! Parce que ouais, c’est cool les p’tits rades qui s’efforcent de faire venir des bons groupes, mais la grande salle subventionnée, avec le matos, les ingés son et tout le toutim, c’est pas mal non plus. Et les Diego, chargés de faire monter l’ambiance d’une soirée presque 100 % lorraine, sont visiblement en forme. Ça démarre fort avec « Vosgian Force » et BatBat, l’homme qui est entré dans l’histoire du punk-rock en posant sa voix sur « Vie de merde », chef d’œuvre des ses potes de Justin(e), joue droit, fort, et sa voix, nasillarde et pleine de morgue fait mouche d’entrée de jeu. Son jeu de gratte lui aussi est bien en place, bien rock’n’roll, et ça tombe bien, c’est pile ce que je suis venu chercher ce soir. Le gars porte un gilet sans manches totalement improbable, a les cheveux plaqués en arrière genre avec de la brillantine, façon Dave Vanian (Damned), sauf qu’il fait même pas exprès. Et il tient la scène, à coup de vannes balancées au public à la régalade, on sait pas trop si c’est du lard ou du cochon, mais ça fait bien marrer. « The Doll Is Yours » suit de près, puis un peu tout le dernier album, « La Guerre des Nerfs », « Chantage » et les pépites que sont « Fuck’n’Drive », et « Elle et Lui ». Du côté de la basse et de la batterie ça cartonne aussi très fort et après 45 bonnes minutes, les spinaliens remballent, non sans que BatBat ait déclaré que ça lui faisait particulièrement plaisir d’être là ce soir, parce que PKRK et les Cadavres étaient ses groupes préférés.
Un tour au bar, un tour au merch, et je constate avec une certaine joie que Marsu lui-même est venu accompagner les Cadavres. Il porte son t-shirt « Antifa, chasseurs de skins » (il témoigne à plusieurs reprises dans le film), n’est pas avare de sourires et apparemment, lui aussi est content d’être là. Marsu c’est un peu le mec sans qui la scène punk/alternative française ne serait pas ce qu’elle est. Il a quand même été manager des Bérus, a monté Bondage Records, culte de chez culte, puis Crash Disques. Chapeau bas !
Retour devant la scène, c’est au tour des messins de PKRK, reformés il y a un an de faire monter la mayo. Vincen, le chanteur, annonce d’entrée de jeu qu’il est bourré. Et franchement, je les ai vus quoi, une bonne vingtaine de fois les PK, mais là le mec, quand même, il en tient une sévère. Je ne sais plus si ça commence avec « What’s My Name » ou « Faut Pas S’y Fier » mais bon dieu quel bordel ! Quand il ne bouffe pas les paroles, il ne chante pas les notes, ou alors une octave en dessous... Les trois autres sont visiblement clairs et assurent autant que possible. La plupart de leurs tubes y passent, « Marie BB », « Atchoum », « Ineptik Gloria », « Voyeur », Vincen est déchaîné. Il engueule le public, « comment qu’c’est les p’tits pédés, vous allez vous bouger oui ou merde », il apostrophe, il harangue, il perd sa lanière, il montre son cul même… un gars lui hurle « ferme ta gueule salopard d’homophobe », et là non plus, on ne sait pas si c’est du lard ou si c’est du cochon. Il négocie même avec la sécurité pour que les plus fougueux puissent monter sur scène. Sur l’avant dernier titre, il balance sa guitare face contre terre et quand il la ramasse pour le final, il constate qu’il a pété ses cordes. Du coup c’est lui qui est un peu à la ramasse. Parce que la dernière chanson est un hymne, « On N’est Pas Sérieux », avec une guitare solo sensée assurer la mélodie. Sauf que là, c’est raté, pas de guitare solo. Il demande au public de chanter ladite mélodie, mouais, bof, et c’est partie à l’arrache juste avec la guitare rythmique. La chanson est amputée d’une partie de son âme mais le mec est un tel show-man qu’il reste sur le fil et empêche le set de sombrer dans le ridicule. Au bout d’un peu plus d’une heure de spectacle chaotique, voire destroy, on ne sait pas trop si on a assisté à un concert ou à un one-man-show, toujours est-il qu’on s’est bien marré.
Escale houblonesque, puis retour dans les rangs du public. Pas question de rater le début du show des Cadavres, groupe punk-rock messin… de Paris. Allez comprendre, c’est une vieille vanne qui a la vie dure. Premier constat, il s’agit des « vrais » Cadavres. Le deux PKRK historiques, Vincen et Caps, avaient recruté deux nouveaux pour leur reformation. Pas les Cadavres. Au chant, le Vérole de toujours (membre des Cadavres donc, d’Infraktion, de Darling Génocide, d’Euroshima, et désormais de Charge 69), à la gratte Manevy, à la deuxième gratte Cyril, à la basse le flegmatique Jérôme, et à la batterie Titi qui avait succédé à Tougoud à la grande époque. Vous l’avez peut-être pas connue la grande époque vous les p’tits jeunes qui me lisez, mais sachez que sans Cadavres peut-être qu’un groupe comme Guerilla Poubelle n’aurait pas existé !... Et ça vous en bouche un coin ça hein !
Et pour commencer, le quintet envoie une vieillerie absente de tous leurs albums, « Nucléaire Mon Ami », et d’entrée de jeu, ça fait son effet ! Vérole, toujours looké comme en 77, s’en donne à cœur joie. Le groupe enchaîne avec des standards macabres/second degré, « Memento Mori », « Né Pour Crever », des choses comme ça, et Vérole rappelle qu’eux n’ont même pas l’excuse d’être morts jeunes, contrairement à Sid Vicious ou à Ian Curtis. Toutes les périodes du groupe sont représentées dans la set-list, « 7h23 », « Les Roses », « La Fin », « Ennemi », « Les Salauds Vont En Enfer ! », « Soldat Perdu », « L’Etat Quotidien » … issus du premier album, « 22 », « Ma Téloche », « L’Ile Du Pacifique », « Basta », « Media Contrôle » … du deuxième, « USSA », « Plaisir A La Carte », « En Rade », « Les Voix Du Silence »… tirés de « L’Art De Mourir », et même plusieurs extraits du dernier album mort-né, comme « Attentat » ou « Paris Sous La pluie ». Mais pas de « Nulle part » ni de « Flash Spécial », deux de mes préférées... Tant pis.
Dans le pogo, les gens s’agitent. On est parfois loin de la chanson de Pigalle qui disait : « … et même quand ça fritait c’était réglo ». Tu me pousses je te pousse, tu m’as poussé trop fort je te pousse plus fort, tes copains s’emmêlent, ça part en sucette, il faut intervenir...
Côté musique, trois points culminants durant le set des Cadavres à mon sens :
« No Pasaran » évidemment, hymne antifa incontournable que le public reprend avec beaucoup de vigueur, désorienté cependant par l’adaptation des paroles au contexte actuel. « Chirac, Le Pen, dans l’même panier » devient « Sarko, Le Pen », et les « 14 % de merde » du refrain, débordés par la triste présidentielle de 2002, sont transformés en « unis pour résister ».
« Existence Saine », chef-d’œuvre de cynisme sur fond de société de consommation gangrénée par le culte de la publicité, qui mine de rien, n’a pas pris une ride en vingt ans. La plume de Vérole a toujours été parfaitement aiguisée, et une partie du public s’est appropriée ces paroles scandées le poing levé.
Enfin, Vérole annonce une reprise qu’il dédie à Moutch, l’organisateur de la soirée. Et putain quelle reprise : « J’m’emmerde » des Rats, groupe culte de l’ère alternative, petits cousins d’OTH et des Shériffs. Les paroles signées GVI se rappellent à mon souvenir, je me mets à chanter comme un malade, je sens un frisson me parcourir l’échine, je suis au bord des larmes.
La machine à remonter le temps keuponne a tourné à plein régime. Les Cadavres, exquis, se sont livrés sans fard, sans porter de costards, avec juste ce qu’il faut d’énergie et de déglingue, tout en assurant une prestation musicalement bien en place.
Les lumières se rallument, je file vers la sortie le sourire aux lèvres. Dans le hall, deux skins finissent cette soirée par une embrouille qui dégénère. Pas la peine de s’attarder, je peux me passer de ce triste spectacle.
Dehors, la nuit est douce, la rue est calme pour encore quelques instants. Maintenant il faut partir, j’ai des heures de sommeil en retard. Je jette un dernier regard vers l’Autre Canal. Et je dis merci à Mamie Nova.
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