This Is My Fest @ Les Combustibles (Paris - France) le 24/11/201

Jeudi 24 novembre

Le dernier week-end de novembre avait été coché depuis le début de l’été dans bien des agendas, avec l’annonce du This Is My Fest, festival DIY se tenant à Paris, dans la brûlante salle des Combustibles. Un endroit qui laisse des traces, tant au niveau des foies que des chaussures. Le sol rouge a en effet tendance à s’inviter sur les godasses du public à force de bières renversées et de sueur déversée. La légende urbaine sera encore une fois vérifiée à l’issue de ce mini-marathon punkesque !

Les hostilités commencent en pleine semaine, avec le set des havrais de Pink Flamingos. Le public est déjà bien arrivé (150 pass 3 jours, festival sold out) et apprécie comme il se doit la musique du combo, à situer quelque part entre Hot Water Music et les Lawrence Arms. Ça se chauffe donc doucement, de même que la voix du chanteur, qui lâche sur les deux derniers morceaux, ce ne viendra pas gâcher la bonne impression laissée en 30 minutes top chrono.

Niveau organisation, tout doit aller très vite, avec des sets d’une demi-heure donc, et des changements de plateau de 15 min (permis par un backline commun à tous les groupes, y compris les têtes d’ampli). La palme du groupe speedy gonzales du festival sera attribuée aux amiénois de Lisa A Peur, arrivés à la bourre, montés sur scène 10 minutes après leur arrivée, et partis pas beaucoup plus de temps après !
Toujours dans la catégorie punk en français, les Brigitte Bop auront fait leur petit effet, en se permettant également quelques petits excès au bar. L’ambiance aura commencé à se lancer avec les Black Sheep ; les belges déversant avec une grosse énergie leur brassage de ska et de hardcore, et le chanteur n’hésitant pas à venir taquiner le pit. A noter que puisqu’ils n’avaient pas de matériel à ramener, ils avaient rempli leur coffre de Jupiler. Normal.

On bascule dans une face plus sombre du hardcore, avec les Nine Eleven, qui font la bonne publicité de la scène française à travers l’Europe depuis des années (nouvelle album début 2012 !). Et c’est clair que ça tabasse, avec un gros son et une puissance pas contenue du tout. Bim dans la face.
Ça monte décidément crescendo, et ça bascule dans le joyeux bordel avec le tout dernier concert de Jetsex, qui vient conclure cette première soirée dans une orgie apocalyptique, agrémentée de pluie de confettis et autres jets de serpentins. La scène est re-décorée, les gens rincés, mais il est déjà l’heure d’aller choper le dernier métro, d’aller pointer au boulot le vendredi et de revenir le lendemain pour certains.

Vendredi 25 novembre

Pour les autres, essentiellement venus de Province, la nuit ne fait que commencer et la journée servira à se reposer. Les yeux sont tout de même cernés quand The Traders montent sur scène à 19h15 le vendredi. La programmation a pris 15 minutes de retard, 3 groupes étant encore dans la nature. Pas très grave, puisque cela permettra aux lyonnais de ramasser 10 minutes de set supplémentaire, et de faire encore plus apprécier leur punk alambiqué, dans la veine punk rauque made in No Idea records, avec grosse énergie et mélodies.

Une excellente entrée en matière, suivie par le set des franco-belges de Corbillard, qui se retrouve à jouer en second et 23 minutes après être arrivés dans la salle, parce que les groupes suivants sont toujours dans les embouteillages. Et ouais, le festoche a lieu à Paris ! Le quatuor ne se démonte pas et assure avec son punk proche de ce que peuvent faire Justin(e) ou Nina’ School.
Pendant qu’ils mouillent le maillot, les retardataires sont arrivés, avec notamment le duo punkomique Le Réparateur. Tout le monde ne connaissait pas forcément avant, et beaucoup auront apprécié la découverte à l’écoute de textes comme ceux de « Aller Aux Putes » ou « Amoureux De Ta Femme ». De la grande poésie, et des volées de rires dans la salle.

Dans le même registre comique, Les 3 Fromages sont également venus parler de leur passion pour la spécialité française, et ont aussi reçu un bon accueil d’un public apparemment désireux de s’en payer une bonne tranche pour accompagner ses boissons alcoolisées. Les Rasoirs Electriques, emmenés par le batteur de Guerilla Poubelle au poste de chanteur-guitariste, sont venus avec bannière électrique et lunettes de soleil. Pop-punk en français, plein d’insouciance et de poignées d’accord qui vont bien. C’est que ça passe mieux que le Connard Spécial. Mais le Connard Spécial qu’est-ce que c’est donc ? Tout simplement un tord-boyaux-estomac-et-intestins concocté par le patron de la salle, et contenant sa race de piments. Beaucoup des téméraires s’y étant risqués auront passé quelques dizaines de minutes dans les toilettes...

Plus digeste, le concert de Ravi, très attendu. Et on comprend pourquoi quand ça commence. Ils jouent sur le même matos que les autres, mais y a pas, ça sonne pas pareil. Impressionnants de maîtrise, les caennais font sensation et du coup naissent dans l’assistance quelques commentaires rigolos de type « ça s’entend que c’est des américains ». D’un autre côté, c’est vrai qu’on trouve beaucoup d’américains à Caen : dans les cimetières militaires. Considérations géographiques mises à part, la jolie claque sonique continue, avec des titres aussi tubesques que « I Hate Blue Screen ».

Et pourtant, la soirée va continuer à monter en pression avec le concert presque surprise de Guerilla Poubelle, annoncé discrètement une semaine avant. Le groupe n’a pas joué depuis juillet, et pas répété du tout depuis. Mais la machine de guerre fonctionne toujours, malgré les oublis de notes ou paroles, et les premiers rangs sont en furie. Les slams s’enchaînent, les bières volent et le groupe déroule. 30 minutes, pas de traitement de faveur. Ça commence avec « Tapis Roulant » direct, ça fait chanter toutes les gorges sur les « oh-oh » de « Pas De Bonne Raison », et ça offre la plus grosse séance de sing along sur « Demain Il Pleut », qui vient achever le concert.

Mais ne partez pas, il y a encore Diego Pallavas à venir, et le groupe des Vosges a un sacré paquet de tubes dans sa valise. Les poings restent donc en l’air, le sol trempe encore plus qu’une adolescente devant le dernier clip de Justin Bieber, et le groupe enchaîne avec une fougue impressionnante. « Elle Et Lui » ou « Fuck ’N’Drive » viennent déclencher la chorale des festivaliers, qui bien que rincés en redemandent encore, et se voient offrir « Boulevard Des Allongés » en guise de rappel. Une grosse montée en puissance au cours de la soirée, suivie encore une fois d’une très courte nuit...

Samedi 26 novembre

Il fallait tout de même préserver quelques forces pour le jour le plus long, le samedi. Les plus valeureux se seront pointés en début d’après-midi pour assister au "Panic At The Distro", un rassemblement de plusieurs distros indépendantes venues des quatre coins de la France. L’endroit idéal pour trouver quelques CD, vinyles et K7 rares et poussiéreux, profiter des promos faites pour l’occasion, le tout en dégustant une poignée de gâteaux vegans à prix libre.

Pas le temps de se préparer un chocolat chaud, les boissons houblonnées reprendront vite leurs droits avec les premiers toulousains de la soirée, I Was a Teenage Alien. Ce quatuor mêle avec brio pop, punk et autres inspirations directement venues des côtes américaines, les Queers en tête.
Mais une fois encore, le début de soirée doit être expéditif : 20 minutes par groupe, pas le temps de s’attarder, ce qu’a bien compris Pin-Up Explosion, qui envoie son punk mélo rappelant des fois Uncommonmenfrommars.
Le temps s’arrête, Confusion entre en scène. Autre genre, autre ambiance : le décibelmètre surchauffe au son de ce punk hardcore musclé et rugueux. Si la claque n’est pas aussi surprenante qu’avec Nine Eleven jeudi, il faut admettre que les quatre lurons savent y faire avec leurs manches. Les riffs efficaces et le chant écorché n’est pas sans rappeler Have Heart dont ils feront d’ailleurs une reprise en fin de set, cordes vocales usées et litres de sueur écoulés.

La suite est toute aussi réjouissante, car ce sont les lillois de Miss America qui terminent ce plateau de vin et de fromage avant l’invasion Outre-Manche. Au menu, pas de bête de foire princesse d’un soir, mais trois « dirty kids » venus secouer le public parisien. Les morceaux ne dépassent que très rarement les deux minutes. Des forces de police aux nazis, tout le monde en prend pour son grade. On ne rigole pas dans le Nord, et on le fait savoir. Le public semble apprécier l’attitude et la bonne humeur qui se dégage de la scène, mais commence à fatiguer après deux jours de bringue. Il faut pourtant garder des forces, car la seconde partie de soirée s’annonce redoutable.

Un Sub 30® et une pinte plus tard, c’est au tour d’OK Pilot de venir se trémousser dans le plus chaud des bars de la capitale. Le trio, adepte du punk rapide sans fioritures, a dû annuler sa participation au Fest 10 organisé aux Amériques quelques semaines plus tôt, préférant de loin venir au This Is My Fest selon la rumeur infondée que le lance maintenant. Plus méconnus en France, les anglais arrivent tout de même à conquérir leur auditoire. Les têtes commencent à remuer et les poings à se lever. À l’arrière, la chanteuse de Caves fait ses vocalises sur les tubes de ses collègues de tournée.
Leur entrée en scène est imminente. Et ils sont attendus par une majeure partie du public qui les a découverts au Paye Ton Fest #2. Quelques pains, une voix féminine aussi écorchée que sur disque : impossible de se méprendre, Caves est au top de sa forme. D’accord, le style pop-punk éraillé aux œstrogènes peut déplaire, mais le rythme de ce set de trente minutes est impeccable. De « Homeward Bound » pour le chant à « Water Wings » pour la progression parfaite, on ressort ravi, avec la l’envie soudaine de lâcher quelques thunes pour récupérer l’un des deux disques sortis cette année. Parce que le meilleur moyen de se forger son propre avis sur Caves c’est d’y jeter une oreille attentive.

Une fois le set terminé, c’est la course sur scène. Can’t Bear This Party !! débarque, avec tout le matos qui va avec. Leur kikou-synthé-punk-8bit a beau décourager certains intégristes peu scrupuleux, la recette est toujours aussi originale et délicieuse. Les riffs musclés mêlés aux voix et aux synthés des chanteurs de Freygolo et Chasing Paperboy prennent toute leur dimension en concert. On slamme, on fléchit les genoux, on lève les mains, et on renverse sa bière par terre ou sur sa tête selon l’état d’esprit. Chaque intro fait l’effet d’une bombe que Super Mario lui-même ne pourrait pas éviter, même sur les nouveaux morceaux auxquels le groupe s’essaie ce soir. Une ambiance incroyable, peut-être la plus folle de tout le festival.

Ce n’est pourtant pas fini, car P.O Box prend la suite et livre une demi-heure de punk cuivré que l’on commence à bien connaître, à Paris. Mais ils ont de nouveaux titres les bougres, ceux extraits de leur EP mi-guitare mi-trompette "Détours" qui accompagne un DVD de leur tournée dans les pays aux noms imprononçables. Il faut bien l’avouer : entendre une setlist nouvelle est agréable magré les quelques ratés tout au long du set, mais ce sont les tubes des deux premiers albums font l’unanimité dans le public, « Awakening The World Conscience » et « Mezmerise The Masses » notamment.

Quoi, c’est déjà bientôt fini ? Romain Boule et ses comparses toulousains s’apprêtent à clore l’un des plus chouettes festivals punk rock français. Charly Fiasco, c’est avant tout l’histoire d’une vie de loser truffée d’embûches, entre mâchoires brisées et portes de van dégondées. Dans un élan de compassion, la grosse centaine de personnes venue les soutenir reprend en chœur leurs textes les plus fédérateurs : « Les bonnes questions », « Vie au pluriel » et « La roue tourne », et tant d’autres. Romain l’intrépide ne peut pas s’empêcher de balancer quelques conneries entre chacun des morceaux, justifiées par les 700 bornes faites dans la journée. Avec pas mal de retard, le spectacle se conclut avec un « Ad Vitam Eternam » poignant en compagnie de Till (Guerilla Poubelle).

Un joli succès que cette première édition du This Is My Fest, qui on peut déjà vous le dire, en appellera d’autres. Rendez-vous en 2012 pour l’acte II. This is a date !

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