Dropkick Murphys + Sick Of It All + The Mahones @ L’Olympia (Paris - France) le 28/01/2010

Date collector ce soir à L’Olympia de Paris. Passée la douloureuse impression de se faire plumer par Love8 Spectacles, reste la sensation inédite et savoureuse de contempler, Boulevard des Capucines, les célèbres lettres rouges annonçant : DROPKICK MURPHYS. Il faut presque se pincer pour y croire. Le personnel de la salle aussi a dû se pincer à la vue de la faune qui débarque dans la prestigieuse salle. Pourtant le public de ce soir se l’est jouée plutôt sage avec un panel de tous âges, et assez peu de boneheads ou de spikes colorées (comparativement à la date du Bataclan deux ans plus tôt). Le prix, pas très punk rock il faut le dire, en a fait fuir plus d’un. Et l’annonce tardive (dans l’après-midi) d’une baisse sensible du prix en fosse (de 35 à 18,50 euros) n’a pas forcément changé beaucoup de choses. Plutôt frustrant surtout qu’à ce prix-là, la pinte reste à 7 euros et que les (charmantes) ouvreuses de la mezzanine ne sont payées qu’au pourboire...

Bref si l’on pouvait avoir quelques inquiétudes quant à l’affluence, on est vite rassuré en voyant la densité de la foule s’accroître dans la fosse et la mezzanine se garnir copieusement avec le début de set de The Mahones. Seul le balcon, vraiment trop loin de la scène pour ce genre de concerts, restera clairsemé ce soir. Les vétérans celtico-canadiens, qui fêtent cette année leurs 20 ans de carrière, ont donc la lourde tâche d’entamer les hostilités avec un son proche de ce que l’on connaît des Dubliners et autres Flogging Molly (le nom du groupe fait d’ailleurs référence à Pogue Mahone, le premier nom de The Pogues). « Un peu ersatz ce groupe » diront certains, « plus proche des origines folk de cette musique, plutôt sympa et entraînant », selon la version des autres ; le groupe - et son accordéonistE en cuissardes mitraillée par les photographes -, constituera en tout cas une excellente mise en bouche. On regrettera tout de même l’absence de l’essentielle flûte irlandaise qui laissera du même coup le gros de l’aspect celtisant à l’accordéon, à l’irish ukulele (excellent), et à la voix stone de Finny McConnell (né à Dublin). A découvrir ! Le groupe sort cette année son 8ème album (un best of paru en 2008 vous est plus que conseillé également)…

Le changement de plateau est assuré rapidement par une armée de roadies pendant que DJ Ray Gange comble le vide sonore plus qu’il n’entretient l’ambiance, avec du Rage Against The Machine, du Sex Pistols et du Rancid…

Le gros du public est désormais là, certains étant venus autant pour Sick Of It All que pour les Dropkick Murphys. Les gros costauds prennent donc les devants, on voit du poing ganté de noir arriver dans la salle, fanion du PSG en main et crâne rasé de frais… Le groupe lui, débarque avec quelques années et quelques kilos de plus, un peu empâté en début de set avec une majorité de titres old school et chaloupés. Tout ça ira crescendo (Pete Koller n’en finissant plus de faire la toupie avec sa gratte, assurant vraiment le show) dans un esprit très positif, sourire aux lèvres et avec beaucoup d’humilité. Le groupe semble s’amuser de son rôle de chauffeur de salle, bien conscient que l’essentiel des gens les voit pour la première fois, notamment les couples type Jean-Claude et Nathalie qui pensaient se faire une soirée gigue irlandaise à deux pas de la Rue de La Paix… C’est sûr que « Step Down », « Built To Last », les chœurs de « Die Alone » (bien suivis par la salle) ou l’inévitable braveheart de « Scratch The Surface » ont dû en dépayser plus d’un ce soir. Après un set efficace mais donc un peu court - c’était prévisible -, SOIA quitte la salle sous les applaudissements nourris.

Il fait maintenant tout noir dans l’Olympia. Quelques lumières accompagnent discrètement la longue (4 minutes) intro traditionnelle qu’utilisent les Dropkick Murphys en concert. Les « Let’s go Murphys !, clap-clap, clap-clap-clap » l’accompagnent bien volontiers, et on sent la tension monter à l’approche de l’entrée sur scène du combo de Boston. Et bam c’est un kilt qui se pose au milieu de la scène. L’air de cornemuse de « Cadence In Arms » ajoute une nouvelle introduction quasi-martiale au concert des Dropkick Murphys.

L’instrumentale est à peine terminée que gicle le riff de guitare de « Do Or Die », et voilà le chanteur Al Barr qui surgit à son tour pour venir taquiner le premier rang. Un début idéal, old school, et qui annonce bien la teneur du concert de folie qui va suivre : les DKM piochent dans toute leur discographie, avec une set list que l’on devine (espère ?) proche du nouvel album live à sortir en mars.
Du coup les hardcore fans vont être plus que comblés, mais les néophytes vont tout de même pouvoir s’y retrouver, les trois derniers disques étant très bien représentés avec l’armée de tubes que sont « The State Of Massachusetts » ou « Captain Kelly’s Kitchen ». Il est toujours impressionnant de voir à quel point ces refrains tournent rond, et prennent une autre ampleur en live, tout comme le frémissement qui accompagne la fosse lorsque résonne l’intro de « Johnny I Hardly Knew Ya ». Les croix celtiques de 5m de haut sont diffusées en continu sur l’immense scène de l’une des salles les plus classes de Paris, et permettent d’instaurer le « dress code » irlandais. Le son est, quant à lui, impeccable, faisant apprécier autant la fougue punk du combo que les arrangements de type folklorique sur des chansons comme « The Auld Triangle » ou la toujours excellente « The Spicy McHaggis Jig ».

Alors que leur dernier passage au Bataclan était un concert quasiment dédié à « The Meanest Of Times », ici c’est une toute autre histoire. Contre les 11 titres tirés de cet opus en 2008, on n’en comptera ce soir que... 4 (« Surrender » et « Never Forget » accompagnant les deux déjà cités). Le grand perdant sera comme prévu « The Gang’s All Here », uniquement représenté par « The Fighting 69th ». Plus étonnant, les tubes de « Sing Loud, Sing Proud » resteront pour la plupart au placard, « The Gauntlet » étant la seule en plus de « The Spicy McHaggis Jig » à s’en être échappée.
C’est donc le triptyque « Do or Die » / « Blackout » / « The Warrior’s Code », qui tire ce soir la couverture, telle une actrice hollywoodienne pour cacher ses seins dans une scène où elle vient pourtant de bai... faire l’amour, avec le mec juste à côté.

Les refrains de « As One », « Buried Alive » ou « Black Velvet Band », si communicatifs, font définitivement de « Blackout » l’album qui fait l’unanimité entre vieux fans et nouveau public du groupe (8 titres joués ce soir). Il suffit de voir la réaction sur ces titres pour comprendre que l’album blanc des DKM est une pièce majeure de la discographie du groupe. La preuve avec l’enchaînement de trois titres aussi excellents les uns que les autres : « Bastards On Parade » qui vient tout ravager, avant que la roadie Stephanie Dougherty (chanteuse de Deadly Sins) ne vienne pousser la chansonnette pour l’enivrante « The Dirty Glass », et que « Time To Go » ne fasse pogoter les costauds.

Des costauds tellement désireux de prouver leur virilité ce soir qu’ils déclenchent même une baston de temps à autres, l’alcool et la bêtise aidant... Allez, une petite ballade qui va bien pour calmer tout ça, « Word Full Of Hate », et après avoir, entre autres, hurlé le refrain de « Sunshine Highway » ou reconnu, comme seulement 1,3% de la salle, « 21 Guitar Salute » (reprise de The Press tirée de leur split avec Face To Face), c’est déjà la fin d’un set épique avec l’incroyable « Kiss Me I’m Shitfaced » : progression de 5 minutes d’une rythmique mélancolique qui finit sur un défoulement jubilatoire (le public féminin de la salle pourra en témoigner). De quoi mettre K.O. ...
Mais ni le public ni le groupe ne sont encore décidés à aller se mettre au sec, malgré les gosiers brûlants et les fringues détrempées. Le suspense est aussi court qu’un responsable des clés dans Fort Boyard, et les Dropkick Murphys reviennent sur scène pour balancer ni plus ni moins que 4 hymnes !

Hop « Bar Room Hero », la chanson pour s’éclater en karaoké, puis « I’m Shipping Up To Boston », qui déclenche une véritable furie dans le public dès les premières notes, avec les « oh-oh-oh ! » repris en choeurs de 7 à 77 ans. Il faut dire qu’il s’agit désormais d’un morceau emblématique du groupe, puisque ayant servi de B.O. au film de Scorcese « The Departed » (« Les Infiltrés »), et lui ayant permis de gagner en notoriété. Parce qu’après tout, les groupes de punkrock indépendants capables aujourd’hui de remplir l’Olympia, on les compte à peine sur les doigts des deux mains. En six albums, le gang de Boston a réussi le tour de force de s’imposer comme une référence incontournable, et ce ne sont pas les dizaines et dizaines de fans montés sur scène pour finir le concert avec « Skinhead On The MBTA » et « Boys On The Dock » qui iront dire le contraire.

Les Dropkick Murphys sont désormais une telle machine de guerre qu’ils peuvent même se permettre de laisser de côté les pauses salvatrices (« Wild Rover », « Forever »...) pour offrir 27 titres en un peu plus d’1H30 de concert d’une énergie et d’une intensité tout simplement remarquables.

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