Rise Against + Down By Law + Uncommonmenfrommars @ Paris, La Cigale
Publié le 2 juillet 2010 par
Seb-O-Matic
Il me semble bien que c’est dans le premier volet de l’Arme Fatale que se déroule cette scène hallucinante. Il vient d’y avoir une course-poursuite dans les rues de Los Angeles, avec l’antisémite Mel Gibson, encore jeune et fringuant, qui court après une voiture pour faire la peau au méchant. Son pote Danny Glover est resté en retrait, là où s’est déroulée la fusillade. La zone est vite bouclée par la police, qui dresse le fameux cordon de sécurité. Voilà le Mel qui revient tout transpirant, une mitraillette dans chaque main, la chemise ouverte. Et là le flic qui s’occupe du cordon de sécurité lui dit « Désolé monsieur vous ne pouvez pas passer ». Le mec se retrouve face à un gars armé (et qui saigne je crois), mais tout ce qui l’intéresse c’est qu’il ne passe pas le cordon... C’est génial. Finalement il dit qu’il est flic et il peut rentrer dans le périmètre etc, et bordel c’est quoi le rapport avec Rise Against au Bataclan ?
Déjà que cette scène débile est plus réjouissante que ce concert. Ensuite, que la prestation des américains m’aura fait repenser à ce gimmick que sortait tout le temps le personnage de Danny Glover : « J’ai passé l’âge de ces conneries ! ».
C’est que la moyenne d’âge est bien basse ce soir dans la Cigale parisienne. C’est les vacances, le bac est passé, il y a des t-shirts Papa Roach et Children Of Bodom, des premiers roulages de pelle qui se préparent, et des jeunes rebelles qui vont fumer aux toilettes. Y en a pas mal qui devaient être à Green Day 3 jours avant, et doivent être contents de voir Rise Against pour « pas cher » (32 euros, la moitié de GD) et dans une salle « intimiste » comme la Cigale. Le balcon n’est pas accessible aujourd’hui, et la salle en configuration réduite ne doit accueillir que 800 personnes finalement.
La bonne idée de l’orga, c’est d’avoir invité les frenchies d’Uncommonmenfrommars. Les gars n’ont qu’une demi-heure de set et rentrent direct dedans avec « It’s All For The Greater Good » et « Bad Ideas ». De retour d’une tournée au Japon, le chanteur Ed a un bandana au front, et motive les costauds à partir en danse virile sur l’enchaînement old school « Get The Fuck Out Of My Life » / « Security ». L’ambiance est tout de suite très bonne, l’énergie dans le pit répondant à celle dégagée sur scène.
Les prestations du groupe ont encore monté d’un cran sur la dernière tournée. C’est super carré, ça envoie, et le set express permet de se rendre compte de la fulgurance des compos. Le tube « Vampire Girl » est lâché, la reprise d’Husker Dü « It’s Not Fun Anymore » se fait même entendre ce soir, et « Firecracker » (avec cette succession de plans qui rappelle que « Noise Pollution » est un putain de bon album) vient faire sauter toute la fosse.
L’occasion de constater que la salle est montée sur un matelas à eau. Ça gigote plus qu’au Batofar quand les kids sautent. Même plus besoin de picoler pour avoir l’impression d’être bourré, parfait ! Allez, c’est à l’hymne multilingue pour l’affirmation personnelle « I Don’t Care » de conclure le set, avec un Ed qui descend de scène pour finir le morceau dans le public. Grosse impression, les kids qui connaissaient déjà doivent encore plus kiffer ce « groupe américain », tandis que les newbies ont fait une bonne découverte.
Les Down By Law sont de retour et se sont également retrouvés sur cette date. Sans doute pour essayer d’attirer un autre genre de public au concert. Raté. Faut dire qu’à plus de 30 boules, fallait pas trop compter sur les punk trentenaires pour servir de vaches à lait. Ils ont déjà tout claqué pour Bad Religion et Hot Water Music. Ce n’est même pas une poignée, mais quelques doigts de connaisseurs qui vont accompagner la bande de Dave Smalley sur leurs refrains. Agréable mais pas foufou, le show du groupe peine à décoller. Les kids ne connaissent pas, et la scène semble un peu trop grande pour une formation qu’il aurait été bien plus cool de voir dans un autre contexte. Il aurait même été plus à propos de les faire jouer avant Unco, tant les réactions sont moindres, mais bon, sans être fou, c’est quand même loin d’être désagréable. Un chanson plus reggae, le « 500 Miles » des écossais des Proclaimers (avec un jam à rallonge) sur la fin, et les Down By Law quittent la scène sous des applaudissements mérités, mais bon, on sent bien que c’est la suite qui est attendue.
Et en parlant de suite, c’est le moment de ressortir l’éternelle métaphore sur les blockbusters américains. Parce que c’est bien à ça que l’on va assister avec ce show de Rise Against. Un concert sans saveur, sans moment de folie, où tout est réglé au poil de cul près et qui fait surtout la part belle aux nouvelles chansons. Sur les 20 titres joués ce soir, 9 seront tirés d’« Appeal To Reason », le dernier album pas pourri mais pas folichon non plus. Arf. Ça ne gêne pas les kids, qui reprennent chaque refrain à la volée. Ça sing along à mort, le pogo dure tout le concert, ça tape des mains, ça gueule « Rise, Rise » sur l’intro de « Chamber The Cartridge », l’un des sept titres tirés de l’excellent « The Sufferer & The Witness ». 9 + 7 = 16. 16 titres sur 20 sont donc tirés des deux derniers albums du groupe, qui occulte son passé indépendant pour privilégier les albums en major.
Seule la déflagration « Blood, Red, White & Blue », de « Revolutions Per Minute », fait figure d’ancienne, et Tim McIllrath demande un cirlcle pit dessus. D’ailleurs ça marche, y en a un. Mais on a quand même une désagréable impression de réchauffé. Comme quand on se fait le reste de lasagnes d’hier soir au micro-ondes. Ça a perdu pas mal de saveur tout ça.
Allez hop, « Prayer Of The Refugee » avant le rappel, qui ô surprise, voit le chanteur aux yeux vairons revenir avec une guitare acoustique. Mince alors mais qu’est-ce qu’il va bien pouvoir nous jouer ? Bah « Swing Life Away » hein. D’ailleurs ça chante à mort dans le public, comme sur « Hero Of War » derrière. Ça va peut-être devenir un groupe de ballades Rise Against après tout. La bien-nommée « Entertainment » est jouée ensuite, et fait encore plus planer l’ombre de Green Day son break aux allures de musique de cirque. Les deux tubes « Give It All » puis « Ready To Fall » viennent achever un public rincé mais heureux.
Reste qu’on a la fâcheuse impression d’avoir assisté au même concert que d’habitude, mais avec moins de bonnes chansons et un groupe moins dedans qu’au Trabendo en 2009 par exemple. Un concert à oublier donc. Ou alors, c’est vraiment qu’on a passé l’âge de ces conneries…
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