The Specials @ L’Olympia (Paris - le 27/09/2011

Ça y est, The Specials, les idoles, sont à Paris. Les vraies idoles, pas celles du disque avec Desmond Dekker, ni celles de la fin des 90’s et des albums Today’s Specials et Guilty Til Proved Innocent, amputés de Terry Hall, Jerry Dammers et John Bradbury. Cette fois, comme sur la tournée british triomphale de 2009, le chanteur impassible et le batteur métronomique ont répondu présents. Pour ce qui est de Dammers et de son clavier, difficile de démêler l’imbroglio. Hall dit que la porte est toujours restée ouverte, lui prétend que Lynval Golding et John Bradbury préfèrent qu’il reste à la maison à faire de la musique psychédélique. Bref, Dammers sera le grand absent de la soirée.

Devant l’Olympia, une foule pas trop bigarrée sirote des bières et parle du bon vieux temps, quand Yannick Noah préférait le tennis au reggae pour ménagères de moins de cinquante ans. Pas beaucoup de cheveux à l’horizon, mais du polo Fred Perry en veux-tu en voilà, pire que des Vans sur une date de Warped Tour. Les troquets du coin sont blindés et c’est sûr, ce soir, l’ancestral music-hall du boulevard des Capucines va faire le plein.

En bon provincial qui se respecte, je découvre l’endroit pour la première fois. C’est clean, c’est beau, et surtout c’est fonctionnel avec un dénivelé qui permet une bonne visibilité. Visibilité sur la scène, mais aussi sur le public de 15 à 60 ans, avec c’est vrai une majorité de darons dans mon style. Pas vraiment un concert de Sum 41…

En guise de chauffe, on a le droit à une demie heure des Frelons, le groupe de la fin des 80’s auteur de l’excellentissime « Tous Les Matins » qui ne sera pas jouée ce soir. N’importe quoi ! Imaginez Madness qui ne jouerait pas « One Step Beyond » ! Bref, ça fait toujours plaisir de voir une formation de vieux d’la vieille sur le retour avec un Amar en grande forme, mais un petit Two Tone Club m’aurait semblé plus à propos.

Il est 21h passées de dix minutes quand les lumières s’éteignent et que commence un jeu d’ombres chinoises derrière le grand rideau blanc, accompagné de quelques mesures d’« Enjoy Yourself ». Tu m’étonnes qu’on va s’enjoyer nous-mêmes, depuis le temps qu’on attend ça !…
Et voilà boum c’est parti, le rideau qui tombe, la batterie qui tape, la bousculade qui commence, le sol de l’Olympia qui bouge comme un ring de catch quand Rey Mysterio fait son "tombé de la troisième corde", et la foule en délire qui hurle « Dothedothedothedog, every bodys doin’ the dog ». Golding au centre fait office de parfait Monsieur Loyal, avec un Terry Hall à sa gauche et Neville Staple à sa droite, l’un impeccable en costard, l’autre impeccable en marcel débraillé. Et ça enchaîne avec un « (drawning of a) New Era », à faire transpirer même un Sébastien Loeb avec plein de Mennen sous les bras.

Et vas-y que j’te balance un « Gangsters » par-ci et un « It’s Up To You » par-là, parce qu’en plus la set-list a été pensée pour alterner rapidité, tranquillité, toujours dans la fluidité. Tout le premier album (ou presque) va y passer, de Toots and the Maytals (« Monkey Man ») à Dandy Livingstone (« A Message To You Rudy »), en passant par « Little Bitch », « Nite Klub » ou « Concrete Jungle »… Seule « Too Hot » sera laissée sur la touche. Bien évidemment, le tout est entrecoupé des purs hits de More Specials, l’autre album qui tue, avec une version magistrale de « Man At C & A » est une section cuivres atomique venue en renfort, un « Rat Race » un peu ra-té (pourtant un de leurs meilleurs titres), un « Hey Little Rich Girl » de bon aloi, dont les paroles font écho à la disparition d’Amy Winehouse qui l’avait re-popularisé, et un « Stereotypes » classieux.
Deux saillies indiscutables : « Friday Night Saturday Morning », un des dix plus grands morceaux de tous les temps, et « Do Nothing », un autre des dix plus grands morceaux de tous les temps... Sur le côté de la scène, Alteau (Salvation City Rockers) et ses mômes admirent le spectacle.

Terry Hall n’a jamais vraiment décroché un sourire, comme en 79, mais putain quelle classe ! Horace Panter est resté discret (mais efficace) comme à son habitude, tout comme Roddy Radiation (ça c’est plus étonnant), Golding est resté au centre pendant tout le set sans la moindre baisse de régime malgré soixante piges au compteur, Bradbury l’a joué en hauteur sur son estrade mais n’a pas rechigné à venir saluer la foule en délire, et Staple, toujours avec des vers au cul, a harangué une foule qui n’avait pas vraiment besoin qu’on la chauffe. Le contexte, l’attente, l’ambiance générale et un enchaînement de tubes auraient suffi à faire péter la marmite.

Deux (trois ?) rappels, avec un « You’re Wondering Now » aux paroles bienvenues pour annoncer la fin du show : « you’re wondering now, what to do, now you know, this is the end… ». Sauf qu’on n’avait pas eu droit à « Ghost town » (encore un des dix plus grands morceaux de tous les temps), que le groupe s’est empressé de revenir jouer, mais qui malheureusement supporte mal l’épreuve du live tant l’ambiance fantomatique et ce son incomparable semblent difficiles à reproduire en dehors d’un studio.

Grosse soirée, grosse ambiance, gros concert. Pas le set du siècle, mais le genre de show qui fait son putain d’effet et qui te trotte encore dans la tête, deux jours après avoir quitté le boulevard de Capucines. On aperçoit ici et là un Taï-Luc qui ne pouvait pas rater ça, un chanteur de Street Poison, un sax de Skarface, un gratteux de Charge 69 ou un frontman de HardXTimes. Tous ont la banane. Ils n’ont pas eu droit à leur « Skinhead Moonstomp », ils n’ont pas vu Jerry Dammers, mais ils savent que ce 27 septembre 2011, il fallait être là et pas ailleurs.

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