Chuck Ragan / Hot Water Music |
sept.
12
2011
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Interview >> Chuck Ragan / Hot Water Music |
Rencontre avec un Chuck Ragan très sympathique pendant la tournée estivale d’Hot Water Music. Une tournée qui, de son propre aveu, lui sert également pour la promotion de son nouvel album solo, sujet sur lequel le gaillard s’avère d’ailleurs plus bavard que sur Hot Water Music...
Comment se passe la tournée jusqu’ici ?
Jusqu’ici tout va bien. On arrive dans la dernière ligne droite de la tournée avec Hot Water Music, et les dates sont partagées entre celles en clubs et celles en festivals. C’est toujours cool, parce que tu peux apprécier les deux différentes ambiances. En festival on joue devant des tas de gens, dont un paquet qui ne savent même pas qui on est, alors que dans les petites salles tout le monde connait toutes les paroles ! C’est cool d’avoir ces deux facettes. D’un autre côté, je suis aussi ici pour faire la promotion de mon nouvel album, « Covering Ground », qui sortira le 16 septembre. Les choses avancent, quoi.
Même si Hot Water Music n’a splitté que pendant deux ans, est-ce que tu as le sentiment que le groupe a atteint un statut assez culte pendant ce laps de temps, et que votre retour était très attendu ?
C’est toujours étrange que les gens aient cru que nous nous étions séparés. En fait nous avions juste besoin d’une pause, de nous éloigner les uns des autres et de nous remettre à apprécier de jouer de la musique ensemble. Mais oui quand nous nous sommes remis ensemble on avait définitivement davantage de pression sur les épaules, parce que les gens étaient impatients, tout comme nous étions impatients de rejouer tous les quatre.
On a presque l’impression que vous avez dû faire cette pause pour préserver votre amitié...
C’est un peu ça. On en était à un point où on passait plus de la moitié de l’année en tournée, on était tout le temps sur la route, à se voir tous les jours, passer tout notre temps ensemble. Quand tu es si loin de chez toi, ta famille, ta femme, te manquent forcément, et il y a des frustrations, des petites tensions qui peuvent s’installer. On était en Europe, et on se devait de finir la tournée, mais tous les jours je ne me sentais pas forcément bien, et tu vois, nos paroles parlent du fait de s’assumer, de prendre des décisions, de choisir quelle direction on veut prendre... Tous les soirs on montait sur scène pour chanter cela, et je me suis dit que je chantais quelque chose en quoi je croyais, mais que je n’étais certainement pas en train de faire. Alors la pause a été nécessaire, et elle nous a fait du bien. On est resté quelque chose comme trois mois sans se parler, mais quand on s’est retrouvé, c’était reparti comme avant.
Votre passage à Paris l’année dernière était le tout premier. Pourquoi ça a pris si longtemps ?
Je n’en ai aucune idée, vraiment. Je pense que cela vient de notre tourneur, il ne devait pas avoir les bons contacts pour nous faire jouer à Paris. On a fait beaucoup de tournées, et à chaque fois on lui demandait de nous envoyer à Paris. On n’a fait que quelques concerts ici à l’époque : on a joué à Bordeaux, à Dijon, peut-être Lyon une fois... On a toujours demandé à jouer à Paris, mais pour une raison ou une autre ça ne l’a jamais fait, jusqu’à l’année dernière.
Gainesville est un peu devenue une capitale mondiale du punk-rock, avec l’éclosion de No Idea, du Fest, de Hot Water Music, Against Me ! et d’autres groupes... Est-ce que tu imaginais que votre scène locale puisse devenir si importante et influente ?
J’habite en Californie désormais, mais deux des gars y habitent encore. Gainesville a été notre repère pendant 8 ans. Je pense que nous faisons partie de ce mouvement oui, mais il y a des centaines de gens et de groupes qui y ont contribué aussi. Nous ne sommes que l’une des pièces du puzzle.
Vous venez juste de sortir un nouveau 2 titres, pourquoi cela vous a pris si longtemps avant de sortir de nouvelles chansons ?
On a été très occupés depuis notre retour. Il y a eu beaucoup de tournées, nous avons sorti une compilation d’inédits (« Till The Wheels Fall Off », ndr), No Idea a sorti quelques lives également, et puis nous avons tous eu des projets parallèles. Je fais mes albums, Chris fait son truc avec The Ship Thieves, Jason joue dans Senses Fail, les gars ont fait The Draft pendant un bon moment, George est parti jouer avec Against Me ! pendant un temps... Tout ça fait qu’on a mis pas mal de temps avant de se remettre à composer.
D’ailleurs le passage de George avec Against Me ! a été très bref. C’était prévu qu’il revienne aussi vite dans Hot Water Music ?
Hum je ne sais pas trop. En fait... C’est une question pour George, mais on pensait effectivement qu’il serait parti plus longtemps avec Against Me !. Après je ne suis pas sûr de ce qu’il s’est passé...
Maintenant qu’il est revenu, est-ce que vous vous penchez sur un nouvel album ?
Oui. On a commencé à composer, à assembler nos idées. Je pense qu’il sortira l’année prochaine. On a signé sur Rise Records, qui était vraiment la structure qui nous a semblé la plus enthousiaste à l’idée de nous signer. Ils étaient vraiment à fond derrière nous, et en plus ce sont des gens adorables, alors on s’est très vite entendu.
Est-ce que les deux nouveaux titres sont une indication de l’orientation de ce nouvel opus ?
Alors là je ne peux absolument pas te répondre (rires). On est vraiment encore au tout début du processus de composition, et pour l’instant ça sonne mmmh... non, je ne sais pas (rires). Il va falloir attendre pour voir ça !
Comment se passe la composition dans HWM, est-ce que c’est systématiquement celui qui compose la chanson qui la chante ?
C’est le cas la plupart du temps, oui. Mais ce n’est pas automatique. Nous sommes trois à composer dans ce groupe, et deux à chanter. En fait c’est plutôt celui qui écrit les paroles qui va les chanter. Du coup ça peut arriver que Chris chante un couplet sur une chanson que j’ai écrite, parce qu’il a senti quelque chose à ce moment-là, et on peut partager des titres. C’est ce qui peut arriver de mieux, quand il y a cette alchimie, que tout le monde veut contribuer à un morceau.
En rentrant de cette tournée avec HWM, ton nouvel album solo sortira...
Oui je vais être très occupé. En fait en rentrant de tournée je vais pouvoir repasser chez moi un tout petit peu, puis je pars faire la première partie des Dropkick Murphys sur une grosse tournée qu’ils font aux Etats-Unis, appelée ’Shamrock’n’roll’. Je serai en tête d’affiche sur la folk stage. Après cela j’amène le Revival Tour par ici, de l’autre côté de l’Océan. (Le Revival Tour est un concept acoustique itinérant, regroupant cette année Chuck Ragan, Brian Fallon de Gaslight Anthem, Dan Adriano d’Alkaline Trio et Dave Hause des Loved Ones, ndr)
Sauf qu’il n’y a pas d’étape française pour le Revival Tour...
Vraiment ? Il me semblait... En fait, comme cette fois c’est la première fois que cette tournée va passer en Europe, j’ai délégué toute l’organisation à une agence de booking, en leur disant « voici les dates », c’est pour ça. Mais une fois que la tournée aura été faite et qu’on aura mieux compris comment cela fonctionne, on amènera cette tournée ici, compte sur moi ! En tout cas je suis impatient de faire ça. Après le Revival je retourne aux USA pour tourner avec Social Distorsion jusqu’à la fin de l’année quasiment, donc je suis plutôt occupé (rires).
Le titre d’ouverture s’appelle « Nothing Left To Prove », ce qui est très fort pour un début d’album. C’est quelque chose que tu voulais affirmer ?
Oui. C’est en fait une chose très simple. C’est une confession, c’est admettre qu’on tient, qu’on aime tellement quelqu’un qu’il n’y a plus rien d’autre que l’on puisse dire, que l’on puisse faire, pour prouver cet amour. C’est simplement une chanson pour ma femme. Je n’ai plus rien à prouver au monde pour cela. C’est la femme que j’aime, celle pour qui je pourrais mourir et me battre. C’est très simple.
Comme sur les deux autres albums, il y a encore 10 minutes de bruits à la fin. Pourquoi avoir choisi une telle signature ?
(rires) A l’époque où j’ai réalisé « Feast Or Famine », je vivais dans le Sud de la Californie. Le soleil, l’océan, les vagues, faisaient partie intégrante de notre vie à ma femme et moi. Nous avons passé beaucoup de temps dans l’eau, et quand j’ai fait ce disque, j’ai aussitôt pensé à l’océan. Quand j’écoute des chansons, des albums, je pense toujours à des bouquins ou à des journaux intimes. Là pour le coup c’était vraiment ça qui revenait comme sentiment général, comme ambiance. Cela me permet de situer où j’en étais dans la vie à ce moment précis. L’océan était une grande partie de ma vie, alors ça me semblait logique de l’inclure également. Ce ne sont pas que des chansons, des mots. Si je l’écoute genre quinze ans après, je me rappellerai exactement où j’étais. C’est exactement la même chose pour « Gold Country ». A ce moment-là je passais beaucoup de temps autour de feux de camps avec mes amis, ma famille. Et ça ne change pas pour « Covering Ground », qui est un album de voyage, taillé pour la route. Du coup ça prenait tout son sens de le conclure par un enregistrement du son de la route.
C’est vrai que cet album sonne très road trip. Est-ce que tu l’as écrit sur la route ?
Oui, c’est ce que je fais tout le temps. J’écris tout le temps, et des fois plus que d’autres, forcément. Tu ne peux pas forcer les choses, il faut les laisser se manifester par elles-mêmes, les laisser venir. Je suis un « true believer », je pense que toutes ces chansons, toutes ces histoires, sont autour de nous. Elles sont déjà là. Il ne nous reste qu’à les découvrir, mais elles sont bien présentes. L’amour, la guerre, toutes ces choses qui nous aident à faire des chansons se sont déjà déroulées. Le fait d’être inspiré par d’autres artistes, par des humeurs et tout ça, ça nous aide juste à fermer les yeux et à se laisser atteindre par ce qu’il y a autour de nous. Des fois ça arrive très souvent, ça ne vient pas très vite. Mais en majorité j’écris plutôt quand je suis sur la route, oui.
Jon Gaunt et Joe Ginsberg (violon et contrebasse) t’accompagnent depuis le début. Tu n’as jamais imaginé que cette aventure ne puisse être que toi, ta voix et ta guitare ?
Je le fais un petit peu, juste guitare-voix. J’avais pour habitude de le faire bien davantage, mais au cours des dernières années cela s’est vraiment transformé en un trio. Après, oui je ne m’interdirai jamais de ne jouer que tout seul.
La chanson « Valentine » était déjà sur l’album live, pourquoi avoir choisi de la ré-enregistrer pour « Covering Ground » ?
Pour moi ça a toujours été une chanson très spéciale. Pendant la réalisation du disque j’écoutais mes maquettes pour choisir quelles chansons mettre sur l’album, et pour je ne sais quelle raison celle-ci m’est venue en tête. J’ai demandé aux autres s’ils s’en souvenaient, on s’est mis à la jouer, et on s’est dit qu’elle avait sa place sur l’album. J’ai pensé que ce serait cool de le faire. Je ne l’avais jamais enregistrée en studio, proprement. Elle n’existait qu’en live et sur des démos. C’était fun et intéressant, nouveau aussi pour moi, de re-visiter ainsi une vieille chanson, d’y ajouter quelques changements. D’autre part, je sais que les fans les plus anciens, qui sont là depuis longtemps, apprécient d’avoir cette chanson enregistrée. C’est vraiment une chanson très importante pour moi, et elle colle parfaitement bien à toute l’ambiance du disque.
Tes albums sont toujours un mélange entre chansons plus rythmées, folk, country même, comme « Nomad By Fate », et d’autres plus calmes et émotionnelles, comme « Seems We’re OK ». C’est important pour toi d’avoir ces deux aspects, d’osciller entre le festif et le mélancolique ?
Oui. La chose la plus libératrice pour moi quand j’écris de la musique pour mes albums solo, c’est que je n’ai aucune limite, en terme d’écriture. Ecrire dans un groupe, avec d’autres gens, c’est plus exigeant, parce qu’il y a d’autres personnes à convaincre, à intéresser. Quand j’écris pour moi, j’écris jusqu’à ce que ça me paraisse bien. Je suis la seule personne à convaincre donc c’est beaucoup plus simple, et de ne rien m’interdire me permet de passer, comme tu le dis, d’un aspect à l’autre de ma musique. Souvent les paroles seront en fonction de l’air que j’ai pu trouver, si celui-ci est plutôt rapide, je ne peux forcément pas mettre la même ligne de chant que sur un morceau plus calme, plus ambiancé. Ce qu’il faut au final, c’est parvenir à rendre tout cela cohérent, que les deux types de chansons puissent co-exister, et que l’on reconnaisse ma voix, mon style, mon écriture.
Brian Fallon chante sur « Meet Me In The Middle Of This ». Lui aussi s’est lancé dans une carrière solo, comme beaucoup de chanteurs punk rock. Est-ce que tu penses avoir ouvert la voie pour ce mouvement ?
Wouah (rires). Je suis très content et très fier que tu me demandes cela, mais en aucun cas je ne veux revendiquer quoi que ce soit. Je veux dire, cette musique était là depuis des années, il y a toujours eu des chanteurs avec leur guitare acoustique. C’est juste que tout le monde s’en foutait ! (rires) C’est vrai qu’aujourd’hui le genre est à la mode, et tant mieux, ça permet de mettre ça en lumière, d’y donner de l’importance. Pourquoi est-ce que ça se met à être à la mode, je ne sais pas trop... Peut-être que nous vivons une époque où les gens sont prêts à écouter ça... Mais il y en a toujours eu. Comme je te disais, pour moi, les chansons sont déjà autour de nous, il n’y a qu’à attraper les idées et les mettre en musique. En fait je le faisais déjà avant de jouer en électrique, je jouais énormément sur ma guitare acoustique. Et puis c’est tellement bien de retourner aux fondamentaux. Il suffit d’une voix et d’une guitare en bois.
Et souvent d’une chemise à carreaux, on a l’impression que c’est l’uniforme de la folk...
(rires) Les chemises en flanelle ? Je pense que c’est parce que c’est confortable.
Est-ce que tu es toujours charpentier ?
Dans mon esprit oui. Je pense toujours avoir les capacités pour le faire, mais avec ces tournées qui se succèdent je ne le fais plus pour travailler. Je le fais chez moi, parce que j’adore construire des choses, c’est une vraie passion chez moi. Là ça n’a pas le temps de me manquer et de toute façon je le fais toujours pour moi, à mon niveau, mais si un jour il faut retourner travailler ce sera avec plaisir que je m’y remettrai.
Selon toi, quel est le meilleur endroit pour écouter et apprécier « Covering Ground » ?
Sur la route ! Il a été fait sur la route, je suis sûr qu’il est parfait pour s’écouter sur la route.
Je pensais que tu allais dire La Fonda... (l’endroit où il est tombé amoureux de sa femme et où ils passent leurs vacances, ndr)
(rires) Ah oui ! C’est la destination. Sur la route, direction La Fonda, c’est parfait !
Pour finir, je te donne le choix entre deux possibilités, et tu dois en choisir une sans réfléchir.
Gainesville ou Los Angeles ?
Los Angeles.
Against Me ! ou Rise Against ?
Rise Against.
Flogging Molly ou Dropkick Murphys ?
Ah c’est trop dur... Match nul.
Feast or Famine ?
(rires) Match nul encore, impossible de choisir !
Vin ou bière ?
Vin.
Bukowski ou Hemingway ?
Hemingway.
Etre en tournée ou aller pêcher ?
Aller pêcher ! J’adore ça !
Merci pour ta disponibilité Chuck...
Non, merci à toi mec !
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